Observatoire de la régionalisation

Basse Normandie

La Basse-Normandie figure parmi les régions françaises les plus rurales, plus du tiers de la population vivant hors agglomération. L’Observatoire Régional de la Santé note toutefois dans une étude de 2011 que « l’image d’Épinal du bocage bas-normand est en pleine mutation ». La Région regroupe trois départements : le Calvados, l’Orne et la Manche. Région riche en histoire, elle regroupe l’ancienne province de Normandie et le nord de l’ancien comté du Perche. Bordée par la Manche et au confluent des Régions Haute- Normandie, Centre, Pays de le Loire et Bretagne ; la Basse-Normandie présente des caractéristiques géographiques atypiques et disparates, mêlant bocage, étendues de plaine, collines, tourbières, paysages côtiers et dentelles de falaises.

Avec 2,4% de la population française sur 3,4% du territoire, la Basse Normandie présente une densité de population inférieure à la moyenne nationale (84 hab./km2 contre 115 en moyenne). La croissance démographique est aussi moins rapide qu’au niveau national (0,3% contre 0,6% entre 1999 et 2006), elle est inférieure à celle des Pays de la Loire et de la Bretagne et s’explique d’avantage par l’installation de retraités dans la région que par des naissances. Les revenus sont également moins élevés (Revenu fiscal déclaré: 21 159€ contre 23 450€ pour la moyenne nationale) mais l’indice de chômage est plus favorable (12ème rang français).

La Basse-Normandie est la 17ème Région en population et en termes de croissance du PIB. Sa population est vieillissante et beaucoup de jeunes émigrent vers la région Ile de France. Paradoxalement, la Basse Normandie accueille de nombreux séniors franciliens. La ruralité et l’isolement et le vieillissement de la population engendrent de fortes spécificités et des besoins singuliers en termes d’organisation des soins.

A la lumière du diagnostic régional réalisé, le PSRS relève les caractéristiques suivantes pour la Basse- Normandie :

  • Un vieillissement supérieur à la moyenne nationale avec d’une part une population de personne âgées supérieure à la moyenne nationale et un renforcement de cette tendance avec un double phénomène de départ des plus jeunes et d’accueil de retraités dans la région.
  • Des caractéristiques socio-démographiques « meilleures que la moyenne nationale » avec par exemple un taux de « personnes isolées » inférieur et moins de bénéficiaires du RMI.
  • Une surmortalité et mortalité prématurée supérieure chez les hommes. Les indicateurs de mortalité ne sont pas significativement supérieurs aux moyennes nationales ; en revanche, l’indicateur de mortalité prématurée est sensiblement supérieur pour les hommes.
  • Le rôle majeur de l’alcool comme déterminant de la santé qui s’illustre au travers d’une consommation excessive d’alcool très significativement supérieur à la moyenne nationale. Ce déterminant aggrave et ou contribue très probablement au taux élevé de suicides et d’accidents de la circulation.
  • Des variations importantes selon les territoires qui impliquent de s’intéresser d’avantage à certains territoires qui présentent un taux de mortalité élevé et de fortes disparités sociodémographiques.

Présentation des 3 territoires

L’ARS à chargé l’Observatoire Régional de la Santé ainsi que le Centre régional pour l’enfance et l’adolescence inadaptées, de mener une étude visant à définir les territoires de santé pour la région.

Le découpage se focalise sur la proximité de 7 services ou commerces, en excluant volontairement tout rapport avec la santé. Pour définir et hiérarchiser ses besoins en santé, la Basse Normandie a fait le choix singulier d’une démarche ascendante afin de cerner des « bassins d’accessibilité ». En effet, consciente que enjeux de santé « ne relèvent pas uniquement du sanitaire mais aussi de l’articulation de toutes les politiques publiques entre elles » l’ARS a sollicité l’ensemble des pays bas normands afin qu’ils consultent les différents publics (habitants, élus, professionnels de santé…). Ce faisant, l’élaboration du PSRS se fait non seulement en cohérence avec les objectifs nationaux mais aussi en harmonie avec l’ensemble des politiques publiques. Le décloisonnement est ainsi mis en œuvre au delà du seul secteur sanitaire.

Le découpage administratif, qui correspondait déjà à une réalité politique, sanitaire et médico-sociale, en termes d’organisation et de structures, a finalement été retenu. Autre initiative originale de l’ARS normande, la réalisation d’un Atlas de la Santé qui répertorie pour chaque territoire les spécificités géographiques, démographiques et sanitaires.

Calvados : Ce territoire présente la plus forte densité de population et compte près de la moitié des habitants de la région. C’est également le territoire le plus jeune. C’est également dans ce territoire que les cardiopathies ischémiques sont les plus fréquentes. A coté de ces causes de décès, on relève le suicide, la consommation excessive d’alcool et le cancer de la prostate.

Manche : La mortalité masculine dans ce territoire trouve comme causes le suicide, la consommation excessive d’alcool et les cardiopathies ischémiques. Quant à la mortalité féminine, les causes sont moins clairement identifiées. On relèvera toutefois les accidents de la circulation, la consommation de tabac, et les cardiopathies ischémiques. La prévention du cancer du sein y est la plus efficace.

Orne : Ce territoire représente 1 bas-normand sur 5, et compte la population la plus âgée de la région. Comparé aux 2 autres territoires, on retrouve la plus forte densité d’ouvriers, ainsi que le plus de personnes isolées. Si l’on considère le Revenu Minimum d’Insertion, l’Allocation de Parent Isolé et la Couverture Maladie Universelle complémentaire, l’Orne occupe la première place, devant les 2 autres départements. On y retrouve le plus de logements sans confort. Lorsque l’on s’intéresse à la surmortalité, bien que supérieure à la moyenne nationale, on constate qu’elle est moins prononcée que dans le reste de la région. Le profil de mortalité entre les hommes et les femmes est comparable et les principaux facteurs de risque sont le suicide, les accidents de la circulation et les cardiopathies ischémiques.

Des besoins concentrés sur le vieillissement et la prévention

« Pour que les priorités stratégiques correspondent au mieux aux besoins de santé des Bas-Normands, et parce que les réponses aux enjeux de santé ne relèvent pas uniquement du sanitaire mais aussi de l’articulation de toutes les politiques publiques entre elles, l’ARS a sollicité les Pays bas normands pour qu’ils procèdent à une consultation auprès de différents publics (habitants, professionnels de la santé, élus). »

Dans le cadre de l’élaboration du Projet Régional de Santé, une étude commandée par l’Agence Régionale de Santé, a été menée auprès de 830 personnes. Son objectif était d’évaluer les besoins de santé ressentis par la population. Voici la répartition des principaux besoins recensés :

  • 15% concernent le vieillissement, en particulier du maintien à domicile,
  • 12% concernent le mal-être, quelque-soit l’âge de la population considérée,
  • 9% concernent la dépendance, en particulier face à l’alcool.

Cette analyse a notamment permis de confirmer une forte préoccupation des populations sur les thèmes du vieillissement, de l’alcoolisme et des addictions mais aussi de mettre en évidence le fait que les patients ne « souffraient pas uniquement » de ce dont ils mourraient et ainsi de démontrer l’intérêt des actions de prévention dans le domaine de la santé mentale et psychique.

En plus de cette étude et afin d’avoir une vision plus prospective, l’ARS a évalué l’impact de la prévalence de la maladie d’Alzheimer ou de démence d’ici à 2020 :

Au vu de ces analyses, la région a décidé de reprendre l’ensemble des 5 domaines stratégiques élaborés au niveau national : handicap et vieillissement, maladies chroniques, périnatalité et petite enfance, santé mentale, risques sanitaires).

Les priorités de santé

Après analyse des déterminants et des besoins de santé spécifiques à la région et après avis de la CRSA, 16 priorités de santé ont été retenues pour la région Basse-Normandie. Ces priorités concernent 5 domaines majeurs validés par la CRSA dans son avis du 7 avril 2011 et se déclinent ainsi :

Handicap et vieillissement :

  • Le respect du projet de vie de la personne en perte d’autonomie (incluant les troubles sensoriels de la perte d’autonomie)
  • Les maladies neuro-dégénératives, en particulier la maladie d’Alzheimer
  • La réponse aux besoins des populations vieillissantes en situation de handicap
  • La prise en charge des personnes en situation de handicap psychique ou d’autisme

Risques Sanitaires :

  • Le dispositif de la veille, de la sécurité et de l’information sanitaire
  • La qualité de l’environnement pour prévenir les risques sanitaires liés aux milieux de vie
  • La culture en santé environnement

Périnatalité et petite enfance :

  • Les troubles neuropsychiques et sensoriels des jeunes enfants
  • L’accès à la santé des enfants et notamment des populations fragilisées
  • Libre choix et accompagnement de la grossesse

Maladies chroniques :

  • Le cancer
  • Les maladies neuro-cardiovasculaires
  • Les maladies du métabolisme

Santé mentale et mal-être :

  • Le mal-être et les troubles psycho-sociaux des enfants et adolescents
  • Les consommations excessives d’alcool
  • Les souffrances psychiques

La première tranche du plan hôpital 2012 a permis la réalisation de 17 opérations pour la première tranche, et 12 pour la seconde tranche. Les investissements ont porté sur des projets d’investissements hospitaliers (l’accompagnement des projets publics / privés, la rationalisation des filières de soin, les projets de réorganisation hospitalière) et sur l’amélioration des systèmes d’information hospitaliers. L’objectif de se plan est ainsi de favoriser les coopérations au sein des territoires de santé. Ce programme succède au plan hôpital 2007 et s’inscrit dans la continuité de celui-ci. En 2010, ce sont 1,22M€ qui ont été investis dans ce plan.

Une politique de santé vers la coopération

3 défis :

  • Démographie des professionnels de santé en perte de vitesse
  • Hausse des exigences en termes de qualité et de sécurité
  • Maitrise des dépenses de santé

4 axes stratégiques :

  • Décloisonner la prise en charge
  • Maintenir un accès de proximité
  • Rechercher l’efficience
  • Reconfigurer l’offre de soin
  • Vieillissement de la population

Ceci se traduit par la volonté de développer les coopérations entre les acteurs de santé par le biais des GCS, CHT, CLS, pôles et maisons de santé, etc. La formation doit elle aussi être un axe de développement prioritaire, ainsi que le recours à la télémédecine. Enfin, une réorganisation des transports vers les lieux de santé doit être opérée.

En choisissant la région comme niveau pour assurer la déconcentration des pouvoirs, la loi HPST entendant trouver un équilibre entre proximité et efficacité et égalité. La taille importante de la région permettant de travailler sur l’égalité d’accès au soins et la répartition des acteurs de santé tout en gardant une certaine proximité. Pour autant, force est de constater que la taille des régions varie du simple au double. Si les régions Rhône Alpes ou PACA atteignent cette taille critique qui leur permet de trouver cet équilibre, d’autres régions plus petites, comme c’est le cas de la Basse Normandie, gagneraient à unir leurs forces et leurs moyens pour développer des politiques de santé plus efficientes.

Certains des objectifs fixés par le PSRS de Basse Normandie pourraient ainsi faire l’objet d’un partenariat entre les « 2 Normandies »…

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Quelques chiffres :

  • 17ème région en termes de population (2,4 %)
  • Une croissance démographique moins rapide que la moyenne nationale (0,3 % contre 0,6 %)
  • Des revenus moins élevès que la moyenne nationale (21 159€ contre 23 450€ pour la moyenne nationale